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 [RP Fermé] Mémoires d'un petit Prince

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Aimelin

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Ville : Guernesey la Belle

MessageSujet: [RP Fermé] Mémoires d'un petit Prince   Jeu 12 Mai - 10:07

[HRP - à la demande de quelques uns, afin également de satisfaire quelques curiosités amicales, et d'autres plus critiques... l'histoire d'un jeune gars devenu Prince.
Ce "RP mémoires", se découpera comme un journal de bord, avec des retours arrières qui pourront être évoqués par le narrateur ou par d'autres intervenants. Pour les rp lisibles dans des archives, j'ai eu autorisation de Mario et de sa brosse.
Il y aura quelques missives dont j'aurai bien sûr autorisation pour la publication, ce qui sera mentionné.

Ceux qui connaissent l'histoire d'Aime peuvent me souffler quelques oublis.

Bonne lecture... enfin je l'espère...HRP ]




[Avril 49 - Guernesey, Saint Pierre-Port, une bâtisse entre mer et bois]

"Là-bas, je vis loin d'eux mais je suis près quand même
Là-bas, de vagues vertes en vagues bleues
Là-bas, l'océan fait les gens heureux
Là-bas, le vent sur la dune a les larmes aux yeux"
(Lama - souvenirs attention danger)



Je me suis installé sur la grande table de bois garnie de bancs, que j'ai placée sur cette terrasse de bois surmontée d'une treille qui vient abriter la porte d'entrée du soleil et des vents marins. En face de moi, à une centaine de pas, la plage de la baie de Fermain qui s'ouvre sur la mer face au Grand Banc au sud de Cornet. Nul navire ne peut y accoster hormis les petites embarcations, comme cette barque qui me sert à assouvir mes ballades ou mes envies de pêches. Cette bâtisse, c'est le capitaine Flib qui me l'a donnée lorsque je suis arrivé, complètement perdu, après qu'il m'ait offert la traversée Eu, Saint Pierre à bord du "Cent Vents", un superbe navire marchand qu'il a transformé en véritable forteresse. Il m'a appris pas mal de choses sur la navigation depuis notre rencontre à Eu, et il est pour moi ce soutien dont j'ai besoin, remplaçant mon oncle aujourd'hui si loin de moi. Depuis quelques semaines, le capitaine est reparti voyager, j'espère le revoir avant la saison froide.

Aujourd'hui j'ai besoin d'écrire ce que je vis pour laisser une trace à ceux qui viendront après, et découvriront peut être un jour ces lignes couchées sur des vélins que je rassemble au fil des jours.



***

Comment suis je arrivé jusqu'ici ? Moi l'enfant du sud, né un beau jour de juillet 1630, qui ai grandi entouré de cet air que promène la mer qui vient battre doucement les plages de sable fin du côté de Montpellier. Le sud du royaume... le reverrai je un jour ?

Quand reverrai je cette bâtisse de pierres et de bois, dressée au milieu de terres où les oliviers propagent leurs ombres fluettes, et où les vignes donnent raisins à foison afin de fabriquer ce vin si doux au gosier. Cette bâtisse qui abrite le lieu de vie d'une famille, ainsi que des écuries, la forge de mon oncle, et l'atelier de menuiserie de mon grand père.
Oncle et tante qui m'ont élevé avec tout l'amour que l'on peut donner à un gosse que l'on considère comme le sien, avec tout ce que cela implique de joies et de peines.
La forge de mon oncle Marcelou a vu les premiers fers que j'ai forgés. C'est sans nul doute lui qui m'a donné cet amour des chevaux, cette passion et ce besoin de leur compagnie qui sait si bien guérir certains maux de l'âme et du corps. Ma tante prénommée Jeanne, elle, travaillait au mas et veillait sur les vignes et les oliviers.

Mes grands parents… Louis et Marie. Lui avec sa barbe blanche et son air bourru sous un regard pétillant, gris comme le mien. J'ai passé tant de jours, tant de mois à le regarder donner vie au moindre morceau de bois. La patience qu'il a mis à m'apprendre ce travail à mon tour et la fierté que j'ai pu lire dans ses yeux le jour où j'ai fabriqué mon premier petit bateau en écorce et ce coffret gravé d'une étoile qui ne me quitte plus et renferme mes trésors. Ma grand-mère vendait ses plantes et ses potions qui soulagent. Elle m'a appris quelques secrets de plantes.

Je dois avouer que toutes ces connaissances m'ont servi le temps que j'étais chez eux, c'est à dire jusqu'au mois de mai 1646, l'année de mes 16 ans où j'ai décidé d'être soldat afin de veiller sur mon pays, et aussi pour les beaux yeux d'une fille, Ninon. J'ai porté les armes pendant une année, j'ai combattu, je me suis endurci, et j'ai laissé ma vie de soldat derrière moi le jour où celle que j'aimais a disparu lors d'un combat.
D'elle, je n'ai gardé que son épée, une chevalière ornée d'une rose, et un médaillon gravé d'un ange pour accompagner cette déchirure tout au fond de moi. Ce médaillon que je lui ai donné… à Elle.

Je n'ai pas souvenance de ma toute petite enfance avant que je ne tienne sur mes jambes. Ma tante m'a raconté qu'ils m'ont recueilli à la mort de mes parents tués par des brigands sur les chemins, chose courante, et que je n'ai dû la vie sauve que grâce à une femme qui m'a emmené avec elle et m'a déposé chez eux.

Elle n'a jamais voulu me raconter les détails, ni toutes ces petites choses qui me manquent, comme la couleur des yeux de ma mère, son visage, son sourire, ses mots. Elle m'a juste dit que je lui ressemblais et que j'avais ses yeux. Je l'ai souvent vu verser des larmes en parlant de cette soeur disparue trop tôt pour elle, et j'ai toujours respecté sa douleur qui venait s'ajouter à la mienne, à ce manque d'elle.

Ma mère... je ne la connais pas, mais comme elle me manque. Etrange sensation que d'être en manque d'une inconnue.

Apres la disparition de mon premier amour je n'ai plus été le même. Mes rires s'étaient envolés avec elle, mon coeur s'était fermé à jamais, du moins je le pensais. C'est à ce moment là que j'ai décidé qu'il me fallait aller découvrir le royaume de France afin d'oublier ces endroits où j'avais été heureux.

Je me souviens de ce matin là, où je les ai quittés.



[Retour l'été 1647, dans un petit village du sud du royaume]


C'était l'une de ces belles journée de fin juillet où le chant des cigales couvrait presque les conversations, où la brise qui soufflait sur le petit mas situé à quelques pas de la mer, faisait danser les feuilles des oliviers. Je me tenais dehors, ma tante s'était avancée vers moi, le regard voilé de voir celui qu'elle considérait comme son fils quitter la maison. Mais elle s'y attendait, j'avais toujours été un rêveur avide de découvertes et souvent je parlais de découvrir ce royaume et ses terres que je ne connaissais pas. Et puis perdre Ninon m'avait décidé.

- Melin je dois te donner ceci

Je l'avais regardé étonné avant de poser mes yeux sur cette médaille qu'elle me tendait, la retournant pour y découvrir un prénom gravé : Yeiayel.

- à qui appartient ce médaillon ma tante ?
- c'est ta mère qui l'avait sur elle. Elle me l'avait montré avant ce malheur et m'avait fait promettre de te le donner si un jour tu partais.
- est il à moi ?
- je ne sais pitchoun...
Bien sûr qu'elle le savait, mais lui dire était un déchirement et la brave femme avait fui une fois de plus devant ce qui était.
Un mensonge de plus pour protéger Melin, comme elle l'appelait.

- je crois qu'il était à ton frère
- mon frère ? mais je n'ai pas de frère.


Je n'ai pas compris. Pourquoi ce prénom gravé. Je pensais être le seul enfant et voila que ma tante me parlait d'un frère.

- promets moi de ne jamais le rechercher, je ne sais rien de lui, ni même s'il vit encore et ne pourrais t'aider. Seul toi et toi seul nous importe à Marcelou et à moi même. Nous t'avons élevé comme notre propre fils et t'aimons tel quel.

J'avais été troublé et n'avais plus fait attention à ce médaillon que je glissais dans le coffret de bois qui m'accompagnerait partout. Mon oncle était alors arrivé peu apres, tenant par la bride, un superbe étalon Mérens à robe sombre dont je n'arrivais à détacher mon regard.

- ce mérens est à toi. Je l'ai acheté il y a quelques semaines au père François qui m'a assuré que son cavalier aurait belle monture.
Il est jeune, rapide, robuste et léger à la fois. Il est tien, comment le nommeras tu ?


Je n'arrivais pas à détacher mon regard du magnifique animal, et j'avais avancé ma main pour le caresser timidement. Un cheval, j'en rêvais depuis toujours, me contentant de m'occuper de ceux qui étaient confiés à mon oncle.
J'avais regardé mon oncle puis l'étalon. L'histoire de ce prince qui s'était battu pour libérer son peuple, et dont le char mené par quatre cheveaux blancs qui l'avaient conduit à la victoire revint en ma mémoire.


- Altaïr ... tu t’appelleras Altaïr... tu n'es pas blanc, tu ne tireras jamais de char, mais tu m'aideras à gagner je le sais
- n'oublie jamais mon fils. Ne laisse jamais quiconque, même la personne la plus riche et la plus puissante, te prendre ce que tu as de plus cher : ton honneur et ta liberté
- je n'oublierai pas mon oncle. Comme je n'oublierai pas tes leçons pour me battre, et comme je saurai m'occuper de lui grâce à toutes ces choses que tu m'as apprises.
- n'oublies pas de nous écrire, nous attendrons tes lettres tout les jours que le Très Haut nous donnera
avait ajouté ma tante
- oui ... vous êtes là, dans mon coeur, et ne le quitterez jamais

Ma tante avait souri à travers ses larmes et je les avais serré l'un après l'autre dans mes bras, comme pour graver leur empreinte au plus profond de moi. J'ai espéré que cet adieu ne serait qu'un long au revoir, et j'ai quitté sans me retourner cette bâtisse et ces terres qui m'avaient vu grandir.

J'avais 17 ans, je voulais découvrir le monde.

Depuis ce jour, la médaille n'a jamais quitté ce petit coffret de bois sculpté d'une étoile.

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Aimelin

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MessageSujet: Re: [RP Fermé] Mémoires d'un petit Prince   Mar 31 Mai - 23:50

[Avril 49 - Guernesey, Saint Pierre-Port, une bâtisse entre mer et bois]

"Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés"
(Aragon - Les yeux d'Elsa)




Je suis donc parti à la découverte du royaume, fort de mes rêves et de mes espérances, le cœur vide et noir comme l'étaient mes pensées, gardant dans mon coffret gravé d'une étoile, le médaillon de ma tante et une lettre où elle me donnait mille recommandations, comme "… évites les mauvaises fréquentations, ne cèdes pas aux femmes faciles, manges et reposes toi, n'oublies pas qui tu es… et surtout surtout écris nous…"

Comme tout bagage j'avais deux fontes offertes par mon grand père où j'avais glissé quelques habits, quelques plantes et fioles, et de quoi pouvoir soigner Altaïr. Et puis quelques louis et quelques nourritures.
Comme arme, mon épée courte forgée par mon oncle et gravé de mon prénom, afin que l'on sache que c'est moi, s'il devait m'arriver malheur en combattant. Il m'avait toujours dit que l'épée courte était une arme redoutable même si l'on devait prendre davantage de risques en s'approchant de son ennemi. Tres légère et tres maniable, elle a occi bon nombre de manants voulant attenter à ma vie. Et puis ma dague que je portais toujours à l'italienne comme me l'avait appris mon grand père et puis l'épée bâtarde de Ninon que je gardais, dernier témoin de son dernier souffle et sur laquelle j'avais gravé un N pour m'en souvenir à jamais.

Autour de mon cou, un médaillon gravé d'un ange, et à ma main droite une chevalière gravée d'une rose, que je porte toujours comme si elle ne voulait pas quitter mon doigt. Les cadeaux offerts par Ninon, celle qui devait mourir au combat quelques mois plus tard. Et dans ma tête tandis que je chevauchais, cette phrase qu'elle m'avait murmuré en me les donnant : "la rose c'est le symbole de notre amour, et l'ange c'est toi."

J'ai fermé mon cœur, ma vie et mon âme, pour me perdre aux bras des filles et des femmes de petites vertues que je croisais sur mon chemin, occupant leur couche avant de m'enfuir comme les courants d'air parcourant les rues. Je me suis perdu dans leurs yeux et dans ces non promesses fuyant comme un lâche, les endroits où je sentais que mon cœur avait envie de se reposer malgré moi. Je ne voulais d'elles que le plaisir et ces relations faites de simplicité. Nulle promesse si ce n'est celle de ne jamais rester, nulle tension, mais malgré tout, au milieu de ce chaos et ces moments d'oubli, des moments que je n'oublierai jamais.

Le mois d'octobre 1648 était bien entamé lorsque je suis arrivé à Paris, cette ville dont on m'avait tant parlé. Le bruit, les odeurs, le fourmillement de cette foule me faisaient tourner la tête comme de nombreuses chopes avalées au sein d'une taverne. Les quartiers bourgeois et les quartiers misérables où la crasse se déposait sur les murs et les trottoirs comme le vent déposait les feuilles sur le sol, emplissait mon espace et m'empêchaient de voir le ciel.

J'étouffais.

J'ai pris ce chemin qui menait vers le sud de la ville, à quelques lieues à cheval et je me suis arrêté aux abords de ce village, dans ce verger. Je devais manger et donc travailler.

C'est là que je l'ai aperçu la première fois… Elle. Je n'ai pu détacher mon regard de sa silhouette, de ses gestes, de ses rires tandis qu'elle ne me voyait pas. Elle cueillait en riant avec d'autres filles de son âge et je restais planté comme un idiot au pied de mon arbre, mon panier à la main. Lorsque je me suis décidé à bouger pour le remplir, je lui jetais des coups d'œil furtifs, guettant un regard. Combien de pommes ai je laissé tomber en croisant le sien cette journée là.
Malgré la fatigue qui me terrassait, les murs de ma chambre d'auberge me renvoyaient sans cesse son sourire et c'est avec la tête d'un gars ayant fait la fête toute la nuit que je me suis retrouvé le lendemain matin, à nouveau avec mon panier au milieu de ce verger et de ses rires.

Une échelle tandis que je me battais avec quelques pommes récalcitrantes, et une voix en dessous.


- ne vous blessez pas

Ses premiers mots pour moi et ma première chute presque dans ses bras. J'ai baissé les yeux vers elle, et lâché la branche à laquelle je m'appuyais, ce qui me fit être déséquilibré et lâcher mon panier par la même occasion. On peut rêver peut être mieux pour une première rencontre lorsque je me suis retrouvé assis dans l'herbe, à ses pieds, l'air idiot avant d'éclater de rire avec elle, mes pommes disséminées tout autour de nous. Nous les avons ramassés en riant, nous jetant des regards.

Je revois ce moment où je me suis enfin trouvé face à elle, face à ses yeux et son sourire. Enfuies mes promesses de "jamais", enfuis mes désirs de fuites. J'étais pétrifié. Elle rayonnait. Je n'arrivais qu'à bégayer des trucs idiots.


- je .. enfin c'est.. mon pa.. j'voul… désol.. les pomm..

Parfois les mots ont du mal à sortir mais là je dois avouer qu'ils se bousculaient dans tous les sens afin de savoir qui serait le premier à franchir victorieusement les portes de ma bouche afin d'aller se poser sereinement devant elle qui me regardait avec un sourire ne quittant pas son visage. Un grand silence suivit ce caffouillage, avant que je ne me décide à prononcer quatre mots cohérents à la suite.

- voulez vous une pomme ?

Pomme sortie machinalement parmi celles faites prisonnières et que je lui tendais, alors que son panier était autant rempli que le mien. Je n'arrivais pas à rajouter autre chose, de toute façon j'en étais incapable, les mots faisant blocage au fond de ma gorge.

- je suis Quasi
- Aimelin


Et pendant qu'elle me regardait, j'ai su qu'à l'instant où nos yeux s'étaient croisés que c'était Elle. C'était une évidence, que venait renforcer ce face à face dont je m'extirpais laborieusement avec une pomme. Et des pommes il y en eu par la suite, accompagnées parfois de tartes que nos jeux amoureux laissaient souvent inachevées.

L'automne a vu notre passion se renforcer. J'avais profité d'une escapade en solitaire à la capitale pour aller troquer un coffret que j'avais fabriqué semblable au mien, afin d'acheter une bague en forme de cœur. Bague qui avait scellé cette promesse de nous unir devant le Tres Haut aussitôt que les beaux jours reviendraient.

Mais avant que les beaux jours ne reviennent, le temps s'est arrêté.




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MessageSujet: Re: [RP Fermé] Mémoires d'un petit Prince   Mer 1 Juin - 10:26

[Avril 49 - Guernesey, Saint Pierre-Port, une bâtisse entre mer et bois]

"Un beau soir, l'avenir s'appelle le passé"
(Aragon)




Je reprends mes écrits. Il est des choses qui sont encore dures à coucher sur le vélin.
Nous faisions des projets, comme tous les amoureux du monde, et je nous voyais déjà avec notre petite famille et des enfants qui viendraient sceller cet amour que nous vivions.
Mais avant que les beaux jours ne reviennent, le temps s'est arrêté. Février est arrivé apportant avec lui la tempête et la nuit, le froid et l'oubli.


- ce n'est pas toi, tu n'as rien fait. C'est moi, uniquement moi. J'ai choisi. Pardon Aime, pardon.

Les paroles et les silences, les mots et les pleurs. Elle est partie et je suis resté là, hébété, ne comprenant plus rien à ce qui m'arrivait. Ses mots qui virevoltaient, ses promesses, tout cela n'avait plus de sens, je n'arrivais plus à réfléchir à ce qui se passait autour de moi. Je voyais les murs de ma vie s'effondrer un à un, soulevant à chaque fois un mur de poussière accompagné d'un fracas épouvantable. Et puis le vide, le noir, ne plus rien voir, ne plus rien comprendre à ce qui nous arrive. Le ciel est passé du bleu au sombre, se déchirant en un tumulte assourdissant, déversant sur ma vie des trombes d'eau.

Elle est partie voyager mais ce n’est pas moi qui tenait sa main et lui murmurait tous ces mots, nos mots. J'ai écris des missives sans fin, des mots d'où coulaient du sang et des larmes et je n'ai eu que du vent en réponse à cette souffrance et à mes demandes.

Fou de douleur j'ai fui ce village, je suis retourné voir le marchand pour échanger quelques objets de bois contre de l'argent afin de rejoindre Eu. Trainant mon ennui et mon désespoir dans les tavernes et sur le port, c'est là que j'ai rencontré le Capitaine Flib, un marchand au ton jovial et aux manières un peu bourrues qui cachaient un cœur grand comme les mers. Je travaillais sur le port à décharger des caisses, et je le voyais tous les jours. Il me parlait de la mer et des dangers qui nous guettent lorsqu'elle se déchaine. Il m'a noyé sous des conseils et des explications qui voyaient mes journées s'achever souvent endormi sur la table de l'auberge, bercé par la grosse voix du capitaine.
Et puis il m'a parlé des iles et de celle de Guernesey où il se rendait pour quelques affaires et m'a proposé d'embarquer avec Altaïr, moyennant quelques menus services à bord. Je n'avais plus rien, j'ai accepté et me suis retrouvé en mer, laissant le vent du large balayer ce passé que j'essayais de noyer dans le sillage aux remous mouvementés du navire. Le vent du large et le sel n'ont pas séché mes larmes ni apaisé mon coeur qui avait volé en éclats. Je voyais son visage partout, j'entendais sa voix, son rire, je la cherchais dans chaque femme qui croisait mes pas. Je suffoquais tant le manque d'elle emplissait mes poumons.

Guernesey. La première fois que je l'ai vu, le jour se levait à peine, et une brume légère s'était posée sur la mer. Le pont était calme et je ne pouvais détacher mon regard de cette terre qui se rapprochait, majestueuse et mystérieuse, floue comme une image qui se dévoile lorsqu'on efface lentement la buée sur les carreaux d'un revers de manche. Cette terre allait elle apaiser mes tourments à jamais, où les tenir éveillés ?
Mes bottes ont foulé les pierres du port et j'ai posé un genou à terre pour en toucher le sol de ma main. J'ai eu l'impression de revenir chez moi. Peut être aurais je dû repartir pour le sud, où ma famille m'attendait. Mais quelque chose me disait que sur ces iles, je trouverai la sérénité, il le fallait.


Flib m'a conduit à sa bâtisse sur la plage me faisant part de son désir de partir voyager de longs mois et qu'il souhaitait trouver quelqu'un pour occuper cette maison qui lui venait de son père.


- si tu me promets d'en prendre soin elle est à toi. Je vis sur mon navire et ne peut laisser cette bâtisse à l'abandon.
Qu'en dis tu gamin ?
- me la donner ? je …
un regard autour de moi avait décidé de ma réponse j'en prendrai soins
- alors elle est à toi. Tu vois la baie de Fermain ? elle fait face au Grand Ban et le "Cent Vents" ne peut y accoster. Sa place est au port. Le fortin que tu vois au dessus de la crête vers le nord protège cette partie de la côte.
- j'aime déjà cet endroit
- tu y es chez toi. Le temps guérit les blessures gamin, fais lui confiance.


Confiance. Aurais je encore confiance en quelqu'un ou quelque chose. Il était resté toute la fin d'hivers au port, avant de reprendre la mer aux premiers jours d'avril.

Pendant ce temps j'ai travaillé, me suis enfermé dans mon silence et ma souffrance, cette souffrance qu'elle m'infligeait jour après jour, nuit apres nuit. Je lui ai écrit encore mon amour, et le vide qui m'envahissait. Je n'ai pas eu de réponse et chacune de mes lettres qui s'envolaient vers la France ne me rapportait que du silence, ce silence insupportable de ne pas comprendre ce que j'avais fais pour qu'elle parte, ce silence insupportable qui envahissait la bâtisse et me rappelait son absence.

Aujourd'hui, nous sommes le 19 avril 1649, j'ai reçu une lettre.


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MessageSujet: Re: [RP Fermé] Mémoires d'un petit Prince   Mar 5 Juil - 14:48

[19 Avril 49 - Guernesey, une bâtisse entre mer et bois]

"tu sais maintenant
la douleur du temps
quand il est sans demain
et de vivre en silence
et si peu d'espérance
quand tes yeux ne voit rien"
(I. Bouley - Quelques pleurs)



Aujourd'hui, nous sommes le 19 avril 1649, j'ai reçu une lettre dont je connais l'écriture. Je n'ose l'ouvrir tant mes mains tremblent de la tenir. Elle m'a écrit. Cette lettre, pourquoi ? pour ré ouvrir cette blessure que j'ai du mal à refermer ? Je l'ai posée devant moi sur la table de bois comme si le fait de la toucher ou l'ouvrir allait la faire disparaître en fumée. Pourquoi m'écrit elle, pourquoi se rappelle-t-elle à moi après tous ces mois de silence. Pourquoi n'ai je pas le courage de l'ouvrir et d'affronter ses mots, pourquoi n'ai je pas le courage de la brûler pour en ignorer le contenu, comme un lâche.

... "ne vis jamais dans l'ignorance, affronte les épreuves que t'envoie le Tres Haut"... je la hais.. je l'aime... encore.

Mes yeux ne quittent pas la lettre qui me nargue lorsque mes doigts s'en saisissent fébrilement. Je sens mon coeur qui bat à tout rompre dans ma poitrine, ma respiration qui se fait plus courte comme pour me rappeler que la mort est peut être tout près finalement. Je pose ma plume qui suspend un instant son vol et déplie lentement le vélin en fermant les yeux.

Trouver le courage de lire ce qu'elle m'écrit... commencer par la fin... "Quasi, qui n'a jamais cessé d'être tienne". Laisser mon regard remonter d'une ligne ... " toi seul en décidera" avant d'oser en lire le contenu.
*

Spoiler:
 
La lettre tourne et retourne entre mes doigts. La petite brise qui s'est levée fait danser doucement les quelques herbes hautes aux abords de la bâtisse, faisant voleter doucement la terre fine au ras du sol. Le sable semble danser, comme s'il attendait quelque bonnes nouvelles. Je lève les yeux vers la mer, cette mer qui me ressemble, tantôt calme et paisible, tantôt tumultueuse, déchaînée et tourmentée. Tout est si calme, à peine le bruit des vagues qui viennent mourir sur le sable à quelques dizaines de pas. Le port n'est pas loin, un peu plus au nord en montant sur Saint Pierre, une dizaine de minutes tout au plus à cheval. Rares sont mes visites au village, uniquement par nécessité. Aller sur le port, l'attendre.... et si elle ne venait pas.

Mon regard revient sur la missive… elle m'a écrit… après tant de mois elle ne m'a donc pas oublié. Je lis et relis ses quelques mots où elle m'annonce sa venue. Je ne peux empêcher mes mains de trembler légèrement en parcourant son écriture que je reconnaitrais parmi des dizaines d'autres.

Les lettres s'effacent peu à peu pour laisser place à des images, nos images. Notre rencontre il y a tant de mois, et puis son absence insupportable.
J'ai repris un semblant de vie où je m'efforce de travailler pour ne plus penser, ne plus croire à ce qu'elle m'avait dit, et là... cette lettre où dans chaque mot je ressens ce souffle de notre amour passé. Une heure… une vie … j'ai tant espéré ces mots dans les dizaines de missives que je lui a envoyées. Elle doit être à bord.

Un regard sur la plume que j'ai posée devant moi, et juste quelques mots.


Spoiler:
 
Que dire de plus ? que je l'aime et n'ai jamais cessé de l'aimer ? je ne sais plus. Peut être que je n'aime qu'un rêve et un souvenir. Ce que je sais, c'est que quelque chose a changé en moi depuis que j'ai ouvert ce pli. Je ressens cet état dans lequel j'étais à chaque fois que je savais la voir dans la journée.
Que je n'aime pas dépendre de quelque chose et encore moins de quelqu'un qui peut faire de notre lendemain un paradis ou un enfer.

Ma réponse doit partir au plut tôt pour la trouver, et puis la vie décidera.



[20 Avril 49 - Avant de partir pour le port]

Le bâteau en provenance de Eu arrive dans moins d'une heure je n'ai plus le choix. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, j'ai pensé à ce moment tant de fois que j'avais peur de me réveiller d'un mauvais rêve qui venait encore me narguer comme pour approfondir cette blessure que je n'arrive pas à cicatriser.
J'ai entendu le moindre bruit autour de la bâtisse, Altaïr qui s'agitait dans l'écurie comme s'il sentait mon état de nervosité.
Pourquoi suis je si nerveux alors que je vais enfin revoir le visage de celle qui n'a jamais quitté mon coeur.

Peut être aura t elle changé, peut être ne vais je pas la reconnaître malgré ces quelques mois de séparation. Peut être est ce moi qui ai changé. Peut être vais je la décevoir. Pourquoi toutes ces questions alors qu'il serait si simple d'aller sur le port, de la regarder descendre et de la prendre dans mes bras.

Je dois partir, le bâteau va bientôt entrer au port. Je reprendrai mes écrits plus tard.




* Lettre écrite dans un RP public. ici

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MessageSujet: Re: [RP Fermé] Mémoires d'un petit Prince   Mer 10 Aoû - 13:23

[Le 6 mai 1649 - Guernesey, une bâtisse entre mer et bois]

"Ellle est mon sol, elle est mon ciel,
Elle est là même où mes pas ne me guident pas...
Elle est plus que ma vie, elle est bien mieux que moi
Elle est ce qui me reste quand j'fais plus le poids..."
(Goldman - Je ne vous parlerai pas d'elle)



Cela fait quelques jours que je n'ai rien noté. Le motif de cet oubli.. Elle. Je suis allé sur le quai ne sachant pas si je faisais bien d'écouter mon coeur et non ma tête. Mais lorsque je l'ai vu, plantée au milieu de la foule, ma tête a eu beau me dire de me méfier de faire attention à ne pas replonger dans les tourments, je n'ai écouté que mon coeur. Je n'ai jamais su résister à son regard et ses sourires malgré toutes ces femmes rencontrées au cours de ma courte vie. Elle est mon air, elle me pousse et je ne veux pas laisser passer cette chance de vivre enfin. Elle a gardé le médaillon gravé d'un ange que je lui ai offert, nous nous sommes promis sans un mot. Une giffle ou un baiser... un baiser pour vivre.

Depuis qu'elle est revenue, la maison semble revivre. Je commence à retrouver le sourire et cette légèreté qui m'a fait si souvent défaut depuis de longs mois. Je vais régulièrement en ville et sur le port où j'aime flâner et regarder les navires. Je pense au "Cent Vents", celui du capitaine Flib. Magnifique galion équipé de 16 canons, et son équipage une quarantaine d'hommes, qui lui sert à faire du commerce aussi bien avec la France que l'Angleterre à ce qu'il m'a raconté. Véritable forteresse flottante, ce navire me fait rêver. "On n'est jamais trop prudent gamin ! "... loup de mer qui connait les moindres recoins et les moindres vagues, les moindres souffles d'air qui le propulseront là où il veut. J'aimerais qu'il m'apprenne à naviguer un peu mieux que ce que je fais. Un jour peut être...

La ville de Saint Pierre est assez calme et j'aime bien aller vers cette rue où se trouve le cabinet médical d'Ariane du Faix, une jeune femme médecin, que j'ai rencontrée par hasard lors de l'une de ces promenades. Elle connait beaucoup de choses, connait les plantes et je ne peux que me perfectionner en parlant avec elle.

Aujourd'hui je dois ........


La phrase est interrompue comme si l'auteur avait été dérangé.



[La bâtisse, le 10 mai 1649]

"Ce soir mon petit garçon
Mon enfant, mon amour
Il pleut sur la maison
Mon garçon, mon amour
Comme tu lui ressembles..."
(Reggiani - Mon petit garçon)



Il dort mais il bouge et son visage semble refléter les souffrances qu'il a enduré, ou peut être celles de sa mère, Louise. Il dort mais il bouge sans cesse et je me suis levé en pleine nuit pour le regarder, comme si j'avais peur qu'il s'en aille. Ca ne fait que trois jours qu'il est chez nous, mais déja je m'habitue à sa respiration lorsqu'il dort, au bruit qu'il fait lorsqu'il se tourne et se retourne dans ce petit lit de bois que j'ai du faire rapidement pour qu'il puisse avoir sa place.
Nous l'avons laissé dans notre chambre, Quasi ne veut pas qu'il dorme seul. Elle dit qu'après tout ce qu'il a vécu, il a besoin de sentir notre présence. Je suis un peu perdu. Je vais avoir dix neuf printemps et je ne sais pas m'occuper d'un enfant. Il semble si fragile, ses mains sont toutes petites et lorsque j'approche mon doigt il s'y agrippe comme s'il voulait m'attacher à lui.

Il se prénomme Colin, il est né le deux mai. Un jour, nous devrons lui raconter son histoire.

Cette matiné là, le six mai, il y a quatre jours, j'ai dû rejoindre Quasi chez Ariane. Une jeune femme venait d'être trouvée devant la porte du cabinet, couverte de sang et très affaiblie. Elle avait donné naissance à un enfant qu'une jeune femme a trouvé vers la plage et a amené au cabinet médical, peu avant. Le Très Haut n'a pas été bon ce jour là. La jeune Louise était en train de perdre la vie, bien trop affaiblie par le sang qu'elle avait perdu après la naissance de son enfant qu'elle avait dû sans doute vivre seule.

Nous étions impuissants, tandis que la vie s'échappait doucement de son corps, et qu'elle murmurait, pleurait en silence. Je voyais ses larmes couler, de ces larmes qu'on ne peut ni cacher ni retenir et qui tracent de petits ruisseaux qui glissent comme de traitres ombres sur les joues.
Elle a murmuré à Quasi :
"La vie me quitte, ma dame. Je le quitte … encore une fois ... la dernière !
Veillez sur lui et si vous ne le voulez confiez-le à une bonne personne. Le Très haut vous bénisse ma dame et priez pour qu’il me soit miséricorde"*
...

Elle a repris son souffle quelques minutes, avant de se tourner vers la doctoresse pour lui dire "Merci ma dame … je … vous avez fait … tout votre possible … vos remèdes … pas envie … plus envie de lutter … merci …. "

Elle a prononcé un prénom "Colin" en serrant le nourrisson contre elle, avant de retomber épuisée, les yeux fermés, avant que le Très Haut ne décide de la rappeler à lui. Je ne la connaissais pas, mais son regard m'a fait comme une boule dans l'estomac. Elle était si jeune. Mettre un enfant au monde, souffrir et s'en aller en le laissant seul. Je n'ai pas pu refuser à Quasi de s'en occuper. Je sais qu'elle redoute de ne point avoir d'enfant à elle, à nous. Avec Ariane elles ont parlé de chercher une famille dans laquelle il sera bien. Je ne sais pas si je vais savoir m'en occuper, il a l'air si fragile, il est si petit.

Dans la journée, une nourrice que nous a trouvé Ariane s'en occupe, et avant la nuit, Quasi va le chercher pour qu'il dorme chez nous. Je n'ose pas le prendre dans mes bras de peur de lui faire mal et je me sens gauche avec lui. Je me contente de regarder faire mon ange pour s'en occuper et lorsqu'elle me le met dans les bras je m'asseois et n'ose plus bouger. Je chantonne pour ne pas avoir l'air idiot et il se calme de suite. Ca me rappelle ma tante, j'ai souvenir de chansons qu'elle me murmurait lorsque j'étais tout jeune et que j'avais du mal à trouver le sommeil.

Les miens ... ils me manquent. Je dois trouver le temps de leur écrire, pour les rassurer. Je dois le faire.

Il dort et a fini de s'agiter. Sa respiration est régulière je vais pouvoir aller continuer ma nuit.




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